Le registre des risques est l’outil pivot d’une gouvernance cyber qui tourne. Bien construit, c’est lui qui alimente les comités, justifie les budgets, et trace les arbitrages. Mal construit, c’est un Excel mort de plus. Sur les 30+ registres que nous avons audités en 2023-2025, voici les 7 étapes qui distinguent ceux qui vivent de ceux qui meurent.

Les 7 étapes en flowchart

Cycle de vie d’un risque dans le registre 1. Cadrage périmètre RACI 2. Identification interviews checklists 3. Caractérisation source / objet impact 4. Cotation brut + résiduel G × V 5. Décision accepter traiter / refuser 6. Suivi actions jalons 7. Revue annuelle minimum → boucle
Figure 1 — Cycle de vie du registre des risques.

1. Définir le périmètre et la gouvernance

  • Périmètre : quelle entité, quel SI, quelles activités
  • Risk owner : qui porte chaque risque (toujours métier, jamais le RSSI seul)
  • Gouvernance : qui valide quoi (comité sécurité, COMEX, CA)
  • Outils : Excel, GRC dédiée (Galea, Tenable.io, ServiceNow), wiki structuré

2. Identifier les risques (sources)

Pour ne rien oublier, croiser plusieurs sources :

  • Analyse EBIOS RM (scénarios stratégiques)
  • Rapports d’audit interne et externe
  • Incidents passés (post-mortem)
  • Référentiels (ISO 27005, NIST 800-30, threat catalogues)
  • Interviews business owners (1 entretien d’1h par fonction critique)
  • Stats sectorielles (CESIN, ENISA, CERT-FR)

3. Caractériser chaque risque

Colonnes minimales pour chaque risque :

Champ Exemple
Identifiant R-2026-024
Titre Compromission AD via prestataire TMA
Source de risque Cybercriminalité organisée
Événement redouté Chiffrement ransomware du SI prod
Valeur métier impactée SI production + bureautique
Risk owner DOSI
Contributeur cyber RSSI
Date de création 15/03/2026
Statut Actif

4. Coter brut puis résiduel

Toujours coter deux fois :

  • Risque brut = G × V sans aucun contrôle
  • Risque résiduel = G × V compte tenu des contrôles existants

L’écart entre les deux mesure l’efficacité de votre dispositif actuel. C’est un indicateur précieux pour le COMEX.

5. Décider le traitement

Quatre options, à choisir explicitement pour chaque risque résiduel :

Décision Quand Validation
Accepter Risque résiduel acceptable selon politique Risk owner + RSSI (formaliser)
Réduire Risque résiduel inacceptable, mesures possibles RSSI + DAF (budget)
Transférer Assurance, externalisation contractuelle Direction juridique + DAF
Refuser Risque inacceptable, mesures impossibles COMEX (arrêt activité)

6. Suivre les actions

Chaque décision « Réduire » génère 1 ou plusieurs actions, à suivre comme un plan projet :

  • Identifiant action (lié au risque)
  • Description précise (vérifiable)
  • Porteur opérationnel + sponsor
  • Date cible + statut (planifié / en cours / clos / abandonné)
  • Effort réel + budget consommé
  • Justificatif de clôture (lien preuve)

7. Revoir et faire vivre

Cadence Quoi Qui
Hebdo / bi-mensuel Mise à jour des actions en cours RSSI + porteurs
Trimestriel Comité sécurité — re-cotation des risques évolués RSSI + risk owners
Semestriel Revue au COMEX — top 10 risques RSSI + DG
Annuel Revue complète (ajout / suppression / re-cotation systématique) Tous
Bon réflexe : ouvrir un nouveau risque dans le registre à chaque incident significatif, chaque audit, chaque nouveau projet. Le registre doit refléter la dynamique de l’organisation, pas seulement la photo annuelle.

Un registre des risques utile tient en moins de 50 entrées actives. Au-delà, on ne pilote plus, on inventorie. Mieux vaut 40 risques bien cotés et suivis que 200 entrées poussiéreuses qui n’intéressent personne.

Ce qu’on retient

Un registre des risques est un outil de pilotage, pas un livrable d’audit. Construit avec les bonnes colonnes, les bonnes cadences et les bons risk owners, il devient le tableau de bord central du RSSI. Mal construit, c’est un Excel oublié dans un dossier. La différence n’est pas dans l’outil — c’est dans la discipline de la cadence.