Le dark web monitoring est devenu une offre commerciale standard, vendu par tous les acteurs de la CTI entre 25 et 150 k€/an. Avant de signer, un RSSI doit comprendre ce qu’on y trouve vraiment, ce que les fournisseurs ne couvrent pas, et comment cadrer l’engagement pour ne pas payer 80 k€ pour des alertes inutilisables. Voici le mémo pratique.

Surface web, deep web, dark web : préciser

Couche Définition Exemples Accès
Surface web Indexé par les moteurs publics google.com, blogs, presse Navigateur standard
Deep web Pages non indexées, accès authentifié Intranets, bases SaaS, drives privés Authentification
Dark web Réseaux overlays anonymisés .onion (Tor), .i2p, ZeroNet Tor Browser, I2P client
Forums clearnet criminels Surface web, mais communautés fermées BreachForums, XSS, Exploit (avant fermeture) Invitation, vouching

Un fournisseur de « dark web monitoring » couvre généralement les 4 couches, pas seulement les .onion. C’est la partie cleaner et marketplace Telegram qui pèse souvent le plus dans les détections.

Ce qu’on trouve vraiment sur le dark web

Que trouve-t-on en dark web monitoring — répartition typique Credentials fuités (combolists) 42 % Mentions de marque / dirigeants 15 % Annonces vente données 12 % Discussions ransomware / leak sites 10 % Accès initiaux (IAB) vendus 8 % Données clients exfiltrées 6 % Outils / payloads / 0day 5 %
Figure 1 — Catégories de détection observées sur un échantillon de 22 missions DW.

Conclusion : 42 % des détections sont des combolists (couples email/mot de passe issus de fuites tierces). C’est utile, mais on peut largement faire la même chose avec HaveIBeenPwned Enterprise pour beaucoup moins cher. Les détections vraiment uniques aux fournisseurs DW spécialisés sont sur les IAB (Initial Access Brokers) et les discussions ciblées.

Processus type d’un fournisseur DW monitoring

Pipeline d’un fournisseur DW monitoring Collecte crawlers .onion infiltration forums Indexation ElasticSearch enrichissement Matching domaines, IP, noms exécutifs Triage analystes humains scoring sévérité Alerte mail/portail SLA 24-72h
Figure 2 — Pipeline standard d’un service de dark web monitoring.

Bien cadrer le contrat

Clause À négocier Valeur cible
Sources monitorées Lister précisément (.onion, Telegram, forums clearnet, IRC) ≥ 12 catégories couvertes
Sélecteurs Nombre de domaines, marques, dirigeants, IP, CSPN, etc. 15-50 selon org
SLA de triage analyste Délai entre détection brute et alerte qualifiée < 24 h pour H, < 4 h pour critique
Take-down inclus Demandes de retrait au registrar ou hébergeur 5-15 par an inclus
Réversibilité Récupération de l’historique des alertes en cas de résiliation JSON export complet
Reporting exécutif Synthèse mensuelle pour COMEX 1 page + briefing trimestriel
Piège fréquent : les fournisseurs facturent par « sélecteur ». Une fois le contrat signé, ajouter une marque secondaire ou un dirigeant peut coûter 2-5 k€/an supplémentaires. Négociez un volume de sélecteurs incluant 30 % de marge dès le départ.

Quand le faire en interne

Une organisation avec un SOC mature peut faire du DW monitoring en interne avec :

  • Un MISP / OpenCTI bien alimenté
  • Quelques sources gratuites (DarkOwl démo, Onion.live indexer, Telegram public scraping)
  • Du temps analyste : compter 0,3 à 0,5 ETP

Coût marginal : 30-60 k€/an en charge interne. Au-delà, le fournisseur reste plus rentable. Surtout, l’accès aux forums fermés (XSS, Exploit, Crdclub) demande un travail d’identité de cover et de vouching que peu d’équipes internes peuvent légalement assumer.

Le dark web monitoring est utile mais surévalué. La majorité des incidents notifiés à nos clients en 2024 (notamment ransomware) avaient déjà des signes faibles détectables sur le clearnet — Twitter/X, GitHub fuites, Pastebin — pour bien moins cher.

Recommandation

Commencer par la chasse aux signes faibles clearnet (HaveIBeenPwned, gitleaks sur GitHub public, OSINT sociale). N’investir en dark web monitoring que si : (1) votre secteur est ciblé prioritairement (finance, énergie, gouv, défense), (2) vous avez un SOC capable de traiter les alertes, (3) vous avez besoin d’un fournisseur capable d’agir (take-down, infiltration).